Sur la route
Thomas m'a dit qu'en remontant sur sa moto il avait été tenté de faire demi-tour et de rentrer chez lui, puis comme il n'était qu'à une vingtaine de kilomètres, il a préféré aller travailler, mais qu'il s'était senti mal toute la journée. On s'était toujours dit qu'en cas de nécessité, on préférerait parler à un être cher plutôt qu'à un psychologue, je l'ai écouté ce soir au téléphone, avec patience et avec effroi. Il ne m'a épargné aucun détail, m'a dit que lorsqu'il était arrivé au boulot, il était tellement couvert du sang du blessé que ses copains ont cru que c'était lui qui avait eu un accident. Finalement, je préfère qu'il m'ait parlé à moi, qui le connais si bien. Personne ne m'a été plus proche pendant des années, jusqu'à ce qu'il prenne son envol. On a beau être un bel homme de bientôt 41 ans et choisir de se confier à sa mère plutôt qu'à un étranger. Je n'ai cherché aucun mot pour le réconforter, alors que je suis plutôt douée pour ça. Il ne voulait que parler. Et que je l'écoute.
